Marchés émergents

Bien que l'exposition aux Pays en développement peut sembler logique à un investisseur dans un portefeuille global, attention à ne pas considérer les marchés émergents comme une seule et uniforme catégorie.

Les trois premiers trimestres de l’année 2017 sont déjà derrière nous, et les actions mondiales affichent une belle progression. Un segment de marché semble toutefois particulièrement attirant, à savoir celui des marchés émergents. Ces derniers enregistrent une croissance à deux chiffres depuis le début de l’année, surperformant les marchés des pays développés et séduisant de nombreux investisseurs. Bien que nous soyons nous aussi globalement optimistes vis-à-vis des marchés émergents à l’heure actuelle, nous n’encourageons pas les investisseurs à effectuer des changements catégoriques au sein de leur portefeuille sans mener de recherche plus approfondie. Que vous abordiez les marchés émergents dans le cadre d'une allocation internationale ou que vous y soyez plus fortement exposé, il est important de tenir compte des subtilités propres à chaque pays. Les investisseurs doivent soigneusement faire le tri parmi les opportunités qui se présentent au sein des marchés émergents, ces derniers ne sont pas une catégorie homogène. De même, les moteurs sectoriels propres à chaque pays auront probablement une grande influence sur la performance.

Dans un premier temps, il est important de comprendre certains principes. Bien que les pays émergents aient tendance à enregistrer une croissance plus rapide que les pays développés, leurs actions ne sont pas en soi de plus grande valeur. Des actions restent des actions, avec leur lot de bons et de mauvais jours. Les actions des marchés émergents ont connu des périodes fastes, mais ont globalement sous-performé les marchés développés au cours de l’actuel cycle haussier. Alors que l'indice MSCI World a signé une hausse d’environ 274% depuis le début du cycle haussier actuel, qui a commencé le 9 mars 2009, l’indice MSCI EM a de son côté enregistré une progression d’environ 190% depuis cette même date.[i] (Graphique 1)

Graphique 1 : Indice MSCI Emerging Markets par rapport à l’indice MSCI World depuis mars 2009

Graphique des marchés émergents

Source : FactSet, au 28/09/2017. Performances des indices MSCI EM et MSCI World, dividendes nets réinvestis, du 9/03/2009 au 29/09/2017. Indice base 100 au 9/03/2009.

Cependant, après avoir subi leur propre phase baissière ainsi qu'une longue période de surplace, les marchés émergents affichent une forme olympique. Ils ont atteint un plancher le 21 janvier 2016, soit quelques semaines avant la fin de la plus récente période de correction boursière mondiale, et n’ont cessé de grimper depuis (malgré quelques brefs replis). L’indice MSCI EM a surperformé l'indice MSCI World concentré uniquement sur les marchés développés l'an dernier (33,1% contre 29,0%), et cette tendance s'est poursuivie en 2017 : l’indice MSCI EM s’inscrit en hausse de 18,0% depuis le début de l’année, soit plus du double de l’indice MSCI World, qui signe une hausse de 7,3%.[ii]

Même s’il apparaît judicieux pour un investisseur ouvert sur le monde de s’exposer aux marchés émergents, celui-ci se gardera bien de considérer les marchés émergents comme une vaste catégorie homogène. Les pays émergents diffèrent à la fois dans la concentration de leurs secteurs et dans leur développement économique et politique. Les marchés coréens sont, par exemple, fortement orientés vers le secteur technologique. Au sein de l'indice MSCI Korea, les technologies de l'information représentent près de 50% de la capitalisation boursière—soit bien plus que pour l'indice MSCI Emerging Markets (28%).[iii] Toutefois, la part de capitalisation boursière de la consommation discrétionnaire au sein de l’indice MSCI Korea, soit 10%, est conforme à celle de l’indice MSCI Emerging Markets - ce qui est représentatif de la montée de puissance des classes de consommateurs, une caractéristique que l’on retrouve sur les marchés plus développés.[iv] La Corée présente également certaines qualités politiques d'un marché développé, telles que l'Etat de droit. Le président coréen Park Geun-hye a été mis en accusation et démis de ses fonctions en début d’année, et bien que cette histoire semble tout droit sortie d’un feuilleton TV coréen, les pouvoirs législatif et judiciaire ont été transparents et ont fonctionné comme ils le devaient. Les Sud-Coréens lui ont ensuite désigné un successeur, Moon Jae-in, par le biais d’élections libres. Cependant, à certains égards, la Corée est à la traîne — le groupe MSCI explique son refus d'inclure le pays dans les indices des marchés développés par les contrôles persistants des capitaux—mais globalement, elle partage beaucoup de points communs avec les marchés développés. L’OCDE la considère même comme un pays développé.

Comparons la situation à celle du Pakistan, qui vient d'intégrer l’indice MSCI Emerging Markets cette année. L’indice MSCI Pakistan ne compte guère que six composantes. Trois relèvent du secteur financier, deux du secteur des métaux et une du secteur énergétique : c’est le signe que le pays a encore beaucoup de chemin à parcourir pour développer son secteur privé. Le pays est également plus instable sur le plan politique. La Cour suprême pakistanaise a, contre toute attente, démis le Premier ministre Nawaz Sharif de ses fonctions en raison de soupçons de corruption en juillet — signant sa troisième destitution en tant que Premier ministre. La corruption est plus fréquente au sein des marchés émergents et ce scandale a déclenché une vague d’incertitude politique. Un nouveau Premier ministre assure l’intérim jusqu’aux élections législatives et les candidats potentiels se bousculent déjà au portillon, du frère cadet de Sharif à un ecclésiastique révolté.

Même si ces deux exemples se situent probablement aux antipodes, les investisseurs peuvent appliquer cet exercice à d'autres marchés émergents. Taïwan? Ses marchés actions sont similaires à ceux de la Corée, et la corruption politique n'est pas aussi problématique que dans d’autres marchés émergents. Les marchés locaux d'Afrique du Sud sont fortement orientés vers la consommation discrétionnaire et la finance, mais la situation politique y est beaucoup plus tumultueuse. Le Premier ministre Jacob Zuma est impliqué dans un scandale de corruption et a mené des actions pour sauver la face (par exemple, en changeant une charte minière) afin de gagner le soutien populaire et de continuer à exercer son pouvoir. Les marchés ont probablement déjà intégré dans leurs cours cette incertitude persistante, mais il est peu probable que la situation s’apaise prochainement.

Dès lors que les nations émergentes diffèrent à ce point l'une de l'autre, l’investisseur doit connaître les marchés financiers domestiques de chaque pays au moment d’envisager son investissement. Si vous êtes un investisseur sur les marchés mondiaux et que vous cherchez à renforcer votre exposition sur les marchés émergents, ne vous attardez pas sur les taux de croissance du PIB, qui sont rétrospectifs et non représentatifs des rendements des actions. Considérez plutôt les marchés émergents comme une opportunité de vous exposer aux thèmes sectoriels dans lesquels vous anticipez une bonne performance à court terme. Si vous êtes enthousiaste vis-à-vis du secteur technologique, il semble judicieux de regarder les opportunités qui se présentent à Taïwan et en Chine. Mais également en Corée, bien que le risque réglementaire semble un peu plus élevé pour le moment. Ces trois pays réunis représentent environ 95% de la capitalisation boursière totale de l'indice MSCI Emerging Markets Technology.[v] De la même façon, la Russie et le Brésil sont des pays à envisager si vous pensez que le secteur énergétique mondial affichera de belles performances. Investir au Mexique signifie que vous renforcez probablement l’exposition de votre portefeuille aux biens de consommation, aux matériaux ou aux télécommunications, qui sont les trois plus grands secteurs du pays. Attention de ne pas trop forcer sur un secteur ou une zone géographique. N'oubliez pas que, même si vous êtes certain d'une catégorie, vous pouvez toujours vous tromper. En tenant compte de cela, nous pensons que la prise de positions stratégiques sur des thèmes sectoriels mondiaux peut être source de valeur ajoutée pour les investisseurs.

Investir dans des titres financiers comporte un risque de perte en capital partielle ou totale. Les performances passées ne préjugent ni n’indiquent de façon fiable des performances futures.


[i] Source : Indices de rendement total du MSCI World et du MSCI Emerging Markets (dividendes nets réinvestis) en GBP, du 9/03/2009 au 29/09/2017.

[ii] Ibid.

[iii] Source : FactSet, au 29/09/2017.

[iv] Ibid.

[v] Source : FactSet, au 29/09/2017.

Investir dans des titres financiers comporte un risque de perte en capital partielle ou totale. Les performances passées ne préjugent ni n’indiquent de façon fiable des performances futures. La valeur des investissements et le revenu qui en découle peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse en fonction des fluctuations des marchés actions mondiaux et des taux de change internationaux.